L’extrême-droite entre au parlement allemand

Un homme en uniforme couleur kaki monte les marches du bâtiment de style néo-classique. Il a pris du poids depuis sa retraite, mais il a l’air de voler, en ce jour de victoire. Des policiers écartent les badauds et les journalistes venus en masse pour cet évènement:  il va faire ses premiers pas au parlement. Il sera à la tête de ces hommes, élus comme lui députés pour la première fois. Ils sont issus d’un groupe d’extrême-droite qui fut crée quelques années plus tôt. Ses membres sont plutôt jeunes; 32 ans de moyenne. Leur crédo? Du pain, du travail, mais surtout chasser le mal venu de contrées lointaines qui gangrène la société allemande. Ils ne sont que quelques députés, mais il espère qu’ils seront des millions demain. L’Allemagne commence à pleurer.

Vous avez certainement entendu la nouvelle de ce matin, et vous n’avez pas sursauté. Au pire, vous avez ressenti une gêne. Un parti d’extrême-droite au parlement à Berlin. Mais bon, nous avons bien notre Front National, ils peuvent bien avoir leur AfD, les allemands. Et puis, il ne s’agit que de quelques députés, ils ne peuvent pas faire grand chose. Cet homme, qui est entré au parlement pour la première fois et que je cite plus haut, il n’est pas issu des rangs de l’AfD. Non, il est issu des rangs du NSDAP, et son nom est Hermann Goering, dauphin d’Hitler. Vous avez sursauté? Allons donc! Le NSDAP, lors de ces élections législatives de 1928, n’avait pourtant recueilli que 2,63% des voix. Les allemands n’avaient pas sursauté, les français n’en avaient même pas entendu parlé.

Et pourtant, seulement quelques mois plus tard, Hitler était nommé chancelier par Hindenburg. La dictature pouvait commencer. On en connait le dénouement. La haine, la stygmatisation, la guerre, les morts, les camps.

Aujourd’hui doit être une alerte pour les citoyens du monde entier. Des députés d’extrême-droite siègent, pour la première fois depuis 1945, au Bundestag. Il ne s’agit pas du NSDAP mais de l’AfD. Et poutant, le danger est bien réel.

Sigmar Gabriel, vice-chancelier allemand, n’a, lui, pas hésité à comparer le parti aux Nazis : « Tout ce qu’ils disent, je l’ai déjà entendu notamment de mon propre père, qui a été un nazi jusqu’à son dernier souffle ».

L’Alternative für Deutschland fut crée en 2013. Il surfe actuellement sur la vague anti-immigration crée par l’ouverture des frontières de 2015, et rejetée par beaucoup d’allemands. Au programme, sortie de l’Euro mais pas de l’Europe, fin de l’aide aux migrants, rejet de l’islam, retour au modèle familial traditionnel, remise en place d’une armée, etc.

L’AfD utise souvent des phrases choc lors de ses sorties médiatiques. Il appelle aussi régulièrement à ce que l’Allemagne cesse de se repentir pour les crimes nazis, et à se focaliser sur les aspects positifs de son histoire. Le chef de file du parti nationaliste allemand AfD, Alexander Gauland avait d’ailleurs récemment fait scandale après la diffusion d’une vidéo le montrant en train d’adouber les actes de l’armée nazie durant la guerre. « Si les Français ont le droit d’être fiers de leur Empereur (Napoléon) et les Britanniques de Nelson et de Churchill, alors nous avons le droit d’être fiers des performances des soldats allemands durant la Deuxième Guerre Mondiale », a-t-il dit lors d’un meeting électoral de l’AfD le 2 septembre.

L’AfD emploi également souvent des termes anciennement scandés par les nazis. On entend souvent des « traîtres à la patrie », des « presse mensongère » dans les manifestations du parti. La porte-parole de l’AfD s’est d’ailleurs récemment fait remarquer en voulant dédiaboliser le mot « völkisch »qui signifie  « ethnique » mais qui est totalement connoté. Les nazis employaient en effet ce mot afin de marquer la supériorité de la race aryenne.  « Nous devons faire en sorte de lui redonner une connotation positive », a-t-elle expliqué, estimant que l’association de ce terme au « racisme » constitue « un raccourci inadmissible ».

Les adversaires de l’AfD s’étaient alors déchaînés, y voyant la preuve que le parti, malgré son envie de respectabilité, puise aux mêmes sources que le NSDAP d’Adolf Hitler.

Une autre piste nous mène au NPD, ou Parti National Démocrate. Fondé en 1964, le NPD « partage des caractéristiques essentielles » avec la doctrine nazie et « veut déstabiliser et mettre à bas l’ordre libéral-démocratique », avait annoncé le Bundesrat.

Ce parti est considéré aujourd’hui comme un réceptacle pour des groupuscules néo-nazis tentés par la violence antisémite et xénophobe. Hors, beaucoup d’anciens membres du NPD se sont tournés vers l’AfD, qui souhaite afficher une vitrine plus respectable. Udo Pastör, par exemple, néo-nazi convaincu qui avait déclaré que l’Allemagne était une république de juifs, a rejoint l’AfD en 2016. On peut également citer Phillip Steinbeck, ancien membre de la « Deutschen Liga für Volk und Heimat », (Ligue Allemande pour le Peuple et la Patrie), un groupe ultra-radical. Enfin, d’anciens leaders de PEGIDA, mouvement anti islam, ont également rejoint le parti d’extrême droite.

L’AfD est donc un parti dont il faut se méfier. Il ne faut pas fouiller bien loin pour trouver des indices qui ne sentent pas bon pour la démocratie. Hier s’est engagé un combat. Celui de lutter contre un mal qui gangrène l’Europe et qui aujourd’hui repousse au sein même du pays qui a crée le Führer. Un symbole. Les démocrates avaient fait preuve de laxisme en 1928, en croyant que le NSDAP n’était qu’un petit parti amené à disparaître. Une crise financière, des soutiens financiers pour le parti, un bon orateur, et la pire dictature de l’Histoire était en place.

Prenons exemple sur le passé et ne commettons pas les même erreurs. Sursautez, tremblez, c’est maintenant ou jamais. Surtout que les nazis avaient 12 députés, tandis qu’au moins 83 députés de l’AfD feront leur entrée au Bundestag.

 

Sources:

http://www.sueddeutsche.de/politik/mecklenburg-vorpommern-rechte-ueberlaeufer-von-der-npd-zur-afd-1.3141727

http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/09/13/en-allemagne-l-afd-veut-dediaboliser-le-mot-volkisch_4996857_3214.html

http://www.europe1.fr/international/allemagne-la-droite-nationaliste-salue-larmee-nazie-et-fait-scandale-3437438