Les nazis avaient une manie qui s’est avérée devenir un véritable atout pour les historiens : ils écrivaient, rapportaient, documentaient et archivaient la plupart de leurs actions. Des mines d’informations pour les chercheurs actuels, afin de comprendre la machine nazie, de ses origines à sa fin. Cependant, si la documentation nazie est riche en ce qui concerne les mises à mort orchestrées par les hommes, on en trouve beaucoup moins concernant l’action des femmes. Il est vrai que la place de la femme dans l’idéologie nazie n’est pas, à priori, sur les champs de bataille ou dans l’action politique. On ne trouve d’ailleurs pas de femmes ayant un rôle politique dans l’entourage d’Hitler. La Wehrmacht ainsi que la SS ne sont d’ailleurs composées que d’hommes. Mais faut-il pour autant exclure le fait que les femmes ont participé à l’action du IIIème Reich? Ce fut le cas pendant des années, mais les récentes recherches historiques ont changé la donne. Certes, la plupart d’entre elles n’ont pas participé activement. Elles ont suivies, se sont cachées, certaines se sont révoltées (Sophie Scholl par exemple), mais des millions d’entre elles ont également soutenu et se sont engagées pour le nazisme.

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Sophie Scholl

Rappelons également que les femmes allemandes ont le droit de vote depuis 1918, et qu’elles n’étaient donc pas un élément à occulter pour Hitler. 7 millions de femmes votèrent d’ailleurs en 1932 pour le Führer, ce qui représente la moitié de l’électorat allemand qui a voté pour le NSDAP.

 

C’est notamment Wendy Lower, et son livre « les furies d’Hitler », qui a mis en évidence le rôle des femmes dans la machine nazie. Son livre relate l’histoire de ces femmes qui ont participé activement à la politique génocidaire du IIIème Reich.

Edgar Joseph Feuchtwanger, dans son livre « Hitler, mon voisin », avait parfaitement décrit à quel point son institutrice, qu’il adorait avant la prise de pouvoir des nazis, était devenue en quelques mois un vecteur de la propagande nazie. Elles les obligeait à dessiner des croix gammées, leur inculquait la place de la femme et de l’homme dans le nouveau monde qui s’offrait à eux, leur apprenait les différences entre le juif et l’aryen. En tout ce sont des milliers de femmes, puéricultrices, infirmières, institutrices, secrétaires, qui se transformèrent en quelques semaines, en rouages de la machine nazie.

D’autres purent tout simplement passer à l’acte, grâce notamment à l’ouverture de nouveaux emplois : gardiennes de camps, infirmières détachées à l’est. En effet, Himmler l’avait exigé: les femmes, dans les camps de la mort, devaient être gardées par d’autres femmes. Ainsi, le régime recruta environ 3500 femmes, réparties dans 13 camps différents. Le recrutement se fit via des petites annonces, ou par les services de l’emploi. Beaucoup furent également recrutées afin de faire « leur service civique ». L’offre s’avérait alléchante, le salaire proposé étant élevé, comparé à celui proposé dans les usines. De plus, on leur proposait un logement de fonction. Selon tous les témoignages, les gardiennes se sont avérées tout aussi cruelles que les gardiens. Selon une rescapée, les prisonnières des camps avaient calculé le temps nécessaire à une jeune gardienne pour se transformer en monstre. Verdict : 4 jours.

Parmi ces femmes, j’en citerai deux :

  • Irma Grese : Fille d’agriculteur,  elle s’engage à 20 ans pour devenir « Aufseherin » (surveillante) de camps de concentration. Après une formation avec Dorothea Binz (l’une des femmes les plus cruelles) au camp de Ravensbrück, elle est tranférée à Auschwitz où elle recevra son surnom : la Hyène d’Auschwitz. Elle gravit rapidement les échelons jusqu’à avoir sous sa responsabilité environ 30000 détenus. Irma Grese est sadique.
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    Irma Grese

    Elle participe aux sélections à l’arrivée des convois et envoie les femmes qu’elle considère plus jolies qu’elle directement aux chambres à gaz. D’après le docteur Perl, médecin juif à Auschwitz, Irma était « sexuellement excitée lorsqu’elle voyait des signes de souffrances ». Ainsi elle se livre à des actes d’une grande cruauté : nouer les jambes des femmes en train d’accoucher et regarder le bébé mourir, couper les seins de femmes, lâcher ses bergers allemands sur des détenus et les observer en train de déchiqueter les corps. Son autre surnom fut « l’ange blond d’Auschwitz ». Elle fut arrêtée en 1945, jugée et condamnée à mort par pendaison. Elle n’a jamais émis aucun remord et fut pendue le 12 décembre 1945 dans la prison d’Hamelin, en Basse-Saxe. Son dernier mot fut « Schnell! » (vite!) lorsque le bourreau s’avança.

 

  • Ilse Koch : Surnommée la chienne de Buchenwald, elle est la femme du commandant du camp de Buchenwald. Afin de souligner sa cruauté, je laisserai un témoin en parler. Il s’agit de Harry Herder Jr, caporal américain présent à la libération du camp :  « Le sergent nous raconta quelques faits à propos du commandant de Buchenwald et de sa femme. De là où nous étions, nous pouvions voir la maison du commandant en bas de la colline, entourée d’arbres sans feuilles. Blowers nous fit une description de ces gens méprisables. 250px-Ilse_Koch.pngLa femme, Ilse Koch, adorait monter à cheval dans le camp, se promenant en botte et fouet à la main. Blowers nous raconta ceci: un jour elle ordonna que tous les prisonniers juifs du camp se déshabillent et s’alignent. Puis elle se promena entre les rangées de prisonniers et, à chaque fois qu’elle voyait un tatouage qui lui plaisait, elle le touchait avec sa cravache. Immédiatement, les gardes entraînaient le prisonnier vers l’ infirmerie où les docteurs SS le tuaient, lui enlevaient le tatouage, puis le tannaient. Les tatouages étaient ensuite assemblés pour en faire des abat-jours. Dans les livres d’histoire, on a dit qu’on en avait trouvé deux. En fait il y en avait trois mais l’un d’entre eux disparut peu après notre arrivée. Quoi qu’il en soit, ceci vous donne une vague idée d’Ilse Koch, de son mari et des « docteurs » du camp. » Ils avaient également une célèbre collection de coupes anatomiques, réalisée sur les prisonniers. Ironie de l’histoire, certaines de ces coupes furent envoyées aux universités allemandes et utilisées pendant des dizaines d’années par les étudiants. Condamnée à la prison à vie, elle se suicida en 1960.

Au delà de ces personnalités, qui incarnent le sadisme absolu, il ne faut pas oublier le rôle des femmes qui ont participé plus ou moins directement à la machine nazie. Ainsi, lors de l’occupation des territoires de l’est de l’Europe, où eurent lieu la plupart des tueries de masse, 30 000 femmes furent engagées en tant que secrétaires de services de police et de la SS, environ 10000 en tant que secrétaires de direction dans les services administratifs des « gouvernements régionaux ». Des milliers d’autres femmes furent engagées dans le secteur privé, au sein de ces entreprises qui profitèrent d’une manière ou d’une autre des camps pour s’enrichir (esclavage, test de produits, etc). Au total, ce furent environ 500 000 allemandes qui furent envoyées à l’est. Des petits rouages très importants pour faire fonctionner le système. Certaines faisaient même du zèle : Ainsi,  dans son livre, Wendy Lower parle d’un «épisode» qui se produisit le 16 septembre 1942 à Volodymyr-Volynskyï, une petite ville située à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne. Johanna Altvater, 22 ans, y arrive en 1941 et elle décide d’y mettre du sien, et de participer à la «Solution finale», pratiquée à «100%» dans ce camp :

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Johanna Altvater

«Elle s’approcha de deux enfants juifs, l’un âgé de six ans et l’autre encore bambin qui vivait près du mur du ghetto. Elle les appela, fit un geste comme si elle allait leur donner une friandise. Le bambin vint vers elle. Elle souleva l’enfant dans ses bras et le garda si serré que l’enfant cria et se dégagea. Altvater attrapa l’enfant par les pieds, le tint à l’envers, et écrasa sa tête contre le mur du ghetto comme si elle battait la poussière d’un petit tapis. Elle jeta l’enfant sans vie aux pieds de son père, qui plus tard témoigna: “Je n’avais jamais vu un tel sadisme de la part d’une femme, je n’oublierai jamais cela.” Il n’y avait pas d’autres officiers allemands présents, se souvient le père. Altvater avait tué l’enfant de son propre chef.» Johanna avait d’autres méthodes : elle jetait des enfants du troisième étage d’un bâtiment, tirait dans la bouche de certains avec un petit pistolet en argent.

Si l’on venait à dresser un portrait type de cette allemande, elle serait, selon Wendy Lower, jeune (entre 17 et 30 ans), ambitieuse et très patriote. Elle provient en général de la classe moyenne inférieure et n’a pas fait beaucoup d’études (les études étant de toutes façons généralement réservées aux hommes).

On constate que les allemandes ont été, elles aussi, fortement influencées par la propagande efficace du régime nazi. L’endoctrinement était très fort. Ainsi, même après leur arrestation et après les avoir mis devant les preuves de leurs crimes, aucune femme coupable ne fit preuve de remords. Pire elles continuèrent de se justifier en indiquant que les juifs devaient être détruits et qu’elles n’avaient fait que leur devoir. Il faut savoir que les jeunes allemandes étaient endoctrinées dès l’âge de 8 ans.

Très peu de femmes furent jugées et condamnées après la guerre. Sur ces 500 000 femmes, seulement quelque dizaines furent condamnées et exécutées. Les autres se marièrent souvent et changèrent de nom pour tomber peu à peu dans l’oubli. Par exemple, Johanna Altvater, qui tapait la tête de ces enfants contre les murs, ne fut presque pas inquiétée. Elle se maria, prit le nom de son mari et trouva un emploi de travailleur social. Lorsqu’elle fut traînée devant les tribunaux, en 1979 puis en 1982 (soit près de 30 ans après les faits), elle fut tout simplement acquittée, par manque de preuve évidente. Un exemple de plus dans le manque de volonté des allemands dans le processus de dénazification.

En tout, plus de 13 millions de femmes étaient engagées dans le parti nazi. Il convient donc de laisser la vision sexiste de l’histoire aux oubliettes. Les femmes, elles aussi, eurent un rôle important dans la politique d’extermination du IIIème Reich.

PS : Petite remarque personnelle. Il convient de faire attention aux informations trouvées sur internet. Lors de mes recherches, et notamment pour cet article, je trouve quantité de sites et d’articles négationnistes, conspirationnistes, racistes, antisémites, etc. Le web est gangrené par ces théories. Elles me sont bien souvent très difficiles à lire, tant elles me donnent la nausée. Entendre de pareilles inepties me dégoûtent. Ecrire sur la souffrance de ces personnes est déjà très difficile, la bêtise de l’auteur de ces contenus accroît le malaise. Ainsi, j’ai trouvé des blogs à la gloire des SS, d’autres où certains demandent si quelqu’un a entendu parler de son grand-père, docteur dans x camp d’extermination, qui n’aurait fait que son devoir. Des sites qui nous disent que des preuves ADN disculpent les SS de toute violence sur les détenus ou que les chambres à gaz sont inventées. J’en passe et des meilleurs: c’est inacceptable. Il faudrait vraiment penser à nettoyer internet de telles obscénités qui participent à flouer le travail intellectuel honnête, et à bafouer la mémoire des victimes. Pardonnez-moi de m’épancher sur ce point, mais j’en ressentais le besoin. Je dédie cet article à Sophie Scholl et son action héroïque.

Sources :

https://ww2db.com/person_bio.php?person_id=942

http://www.slate.fr/life/78666/hitler-femmes-nazis

https://www.levif.be/actualite/international/les-femmes-nazies-n-avaient-rien-a-envier-aux-hommes/article-normal-46967.html

 

 

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