Munich, de nos jours. Vous flânez dans les jolies rues de la capitale bavaroise. Peut-être prenez-vous une photo devant cette plaque qui semble terriblement cliché, avec ses lettres gothiques blanches sur fond bleu. Puis vous continuerez votre chemin, sans vous rendre compte que vous venez d’emporter avec vous…le nom d’un nazi.

Un phénomène endémique en Allemagne, qui provoque des débats dans beaucoup de villes. Bien entendu, vous ne trouverez plus d’Adolf Hitler Straßen (rues Adolf Hitler), qui furent souvent remplacées par le nom de « Rue Principale ». Mais vous pouvez tomber sur d’autres personnages terrifiants. Ainsi, à Munich, vous pouvez admirer la plaque « Hella-von-Westarp-Straße », qui signifie « rue Hella-von-Westarp », du nom d’une comtesse qui fut secrétaire de la société de Thulé, cette organisation antisémite joua un rôle primordial dans son appui financier à Hitler ainsi que dans la formation de ses idées racistes, économiques et antisémites.

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Panneau qui indique la rue dédiée à Hella von Westarp

Hella von Westarp fut fusillée lors de la République des Conseils de Bavière en 1919 (Munich fut alors gouvernée par les communistes). Certes, cette plaque date de l’époque nazie, mais pourquoi l’avoir préservée depuis lors? Et Hella von Westarp est loin d’être le seul exemple : on trouve ainsi, rien que dans les rues de Munich, les noms de Walter Deicke, autre membre de la société de Thulé et antisémite notoire, ou encore Friedrich Hilble. Ce dernier, antisémite virulent, raciste convaincu, fut l’un des premiers à émettre l’idée d’interner les « parasites » (chômeurs, résistants, etc.) dans le camp de Dachau. Ironie de l’histoire, le rue qui porte son nom jouxte la « Dachauer Strasse », la rue de Dachau. Hilble fut un nazi convaincu jusqu’à sa mort.

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Les rues Hilble et Dachau accollées, lugubre ironie de l’Histoire.

La rue Hilble fut inaugurée en 1956. Quand on sait que la ville était dirigée par d’anciens nazis ou de proches partisans, on ne peut pas être étonné. Officiellement, la rue fut baptisée ainsi afin de remercier Hilble de la construction d’une maison de retraite.

Mais Munich n’est pas la seule ville à avoir des noms à la mémoire d’anciens nazis. La plupart des grandes villes sont concernées. Et il ne s’agit pas seulement des rues : on compte aussi un grand nombre d’écoles qui portent le nom de personnes peu recommandables. Un historien s’est d’ailleurs penché sur cette question, et notamment sur le cas du Land de la Saxe. Ainsi, sur environ 2000 écoles, 6 portent le noms d’anciens membres du NSDAP, 3 ceux de membres de la SA, et même une d’entre elles porte le nom d’un ancien SS. Selon Gerald Gemser, l’auteur de cette étude, on peut chiffrer en centaines en Allemagne ce type de phénomène.

Mais pourquoi le gouvernement allemand ne fait donc-il rien? Tout simplement parce que l’attribution des noms des rues et établissements publics n’entre pas dans leurs prérogatives. Ce sont les communes qui ont cette charge. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les communes ne semblent pas affectées par ce phénomène.

L’exemple du cas de l’école Friedrich Flick, du nom d’un riche industriel condamné comme criminel de guerre aux procès de Nuremberg est frappant. La commune a tout simplement voulu rendre hommage à celui qui a généreusement fourni les fonds pour la construction de l’établissement. L’Histoire importe peu.

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Friedrich Flick au procès de Nuremberg

Selon Gemser « par leur nom, ces écoles s’inscrivent dans une tradition historique, dont les partisans du nazisme ainsi que les fonctionnaires nazis devraient être exclus ». Cette tradition historique s’inscrit parfaitement dans la construction de ce qu’est aujourd’hui la démocratie allemande par ceux qui ont autrefois dirigé le IIIème Reich.

A Munich, le nom des rues est un débat dans la société. Des habitants du quartier de Neuhausen (où se trouve la Hilble Strasse), par exemple, se mobilisent pour changer le nom de leur rue. Mais le processus est très lent. Selon un journaliste local, le projet d’éliminer les noms des nazis des espaces publics date « officiellement »  de plus de 70 ans. Mais le processus est extrêmement lent, surtout quand la CSU est au pouvoir, assure ce dernier. Ainsi, depuis 13 ans, seulement 5 rues de Munich furent rebaptisées. Les autorités munichoises insistent sur le fait qu’il existe plus de 620 rues à Munich, dont la moitié porte des noms de personnalités, et que le travail est difficile. Le rôle des personnages étant complexe. Ne serait-il pourtant pas très simple de décider qu’une personne, ayant eu à faire de près ou de loin au nazisme, ne peut pas être honoré par la ville? Affaire à suivre…

Sources :

View story at Medium.com

https://www.deutschlandfunkkultur.de/braune-namen-ueber-schultoren.954.de.html?dram:article_id=144000

http://www.spiegel.de/international/germany/dubious-role-models-study-reveals-many-german-schools-still-named-after-nazis-a-605223.html

https://www.sueddeutsche.de/muenchen/neuhausen-mit-guerilla-aktion-dampf-machen-1.3951188

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/ces-ecoles-allemandes-aux-noms-nazis_739127.html

 

 

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