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Josef Mengele

Tout le monde connaît Josef Mengele. Ce nom est associé à la cruauté, à la barbarie, à ce degré d’horreur qui ne connaît pas de définition. Un homme éduqué, intelligent, médecin de profession, ayant fait le serment d’Hippocrate, et qui a pu se servir de cobayes humains pour mener à bien des expériences. Des expériences terribles pour les victimes, sans anesthésies. Si on doute fortement de l’utilité scientifique de celles-ci, on est certain qu’elles furent toujours cruelles.

Ce qu’il faut savoir du nazisme pour commencer cet article, c’est qu’il se fonde, entre autres, sur un rejet des idées des Lumières. En effet, l’anti-parlementarisme, l’anti-libéralisme (le rejet de la Révolution Française exalté par les guerres napoléoniennes), l’opposition à l’universalisme, sont des piliers de l’idéologie nazie. Ces différents courants réactionnaires qui ont évolué au fil des générations se sont agrégés les uns avec les autres et ont façonné la pensée des intellectuels du IIIème Reich. Ces idées vont d’ailleurs de pair avec la vision darwiniste du monde. La conception même d’humanité est rejetée chez les nazis. L’humanité, selon eux, n’est qu’une animalité comme une autre au sein de laquelle l’homme s’entretue pour sa survie. Cette lutte voit la victoire du fort sur le faible : c’est ce qu’on appelle la sélection naturelle. En conséquence, les droits de l’Homme n’existent tout simplement pas, puisque l’humanité et l’égalité n’existent pas.

La plupart des intellectuels de l’époque, dont les médecins, croient en ses théories racistes dans laquelle le peuple allemand figure à la première place. Le peuple allemand est l’animal dominant, descendant des hyperboréens, les fameux aryens que le IIIème Reich admire tant. Preuve de l’adhésion massive aux idées nazies , environ 70% des médecins allemands avaient leur carte au NSDAP et/ou à la SS. Le peuple juif, dans ces thèses, est bien entendu considéré comme une sous-race, celle des faibles. Pour les nazis, elle ne fait même pas partie de la race de l’homme ou de l’animal.

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Affiche de propagande contre les juifs

Elle est considérée comme un parasite, avec une arme redoutable, le métissage. La transmission des « gènes juifs »au travers des générations représente aux yeux des nazis une menace réelle pour la population allemande : celle de voir une race pure et divine mourir par l’invasion du sang juif.

C’est en analysant cet état d’esprit, dont étaient imprégnés Mengele et ses collègues, que l’on peut comprendre comment des médecins ont pu commettre ces atrocités. S’il n’existe point d’humanité, et que les juifs et les tziganes sont des sous-races, alors pourquoi ne pas se servir de ces cobayes en libre-service afin de faire avancer la science? Je ne cherche bien entendu aucune excuse aux actes de ces médecins, mais simplement à expliquer le raisonnement qui a pu mener à de tels actes.

Josef Mengele fut chargé, dans ce cadre particulier, de faire des recherches sur la génétique, et notamment sur les jumeaux, dans le but, apparemment (il n’existe pas de preuve formelle à ce sujet), de percer le mystère de la gémellité. On comprend sans doute l’intérêt scientifique pour les nazis : pouvoir agir sur la démographie, multiplier la race supérieure, et ainsi produire une société eugéniste, formée uniquement d’aryens, fidèle aux volontés du Führer.

Mais si Josef Mengele étaient l’homme de terrain, celui qui tenait le scalpel, il n’était pas l’investigateur de ces travaux. C’est son supérieur qui dirigeait les recherches. Ce supérieur c’est Otmar von Verschuer, directeur l’Institut Kaiser-Wilhelm d’anthropologie, d’hérédité humaine et d’eugénisme depuis 1942. Eugéniste convaincu, c’est lui qui finança les expériences médicales de Mengele.

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Otmar von Verschuer

Otmar von Verschuer, est un médecin de renommée mondiale, très connu pour ses travaux sur la génétique. Né en 1896, descendant d’une famille noble hollandaise, il commença ses études de médecine en 1919, à l’université de Marbourg. C’est en 1923 qu’il se spécialisa dans la recherche en biologie génétique sur les jumeaux. Il reçut son doctorat la même année. Assistant du très célèbre Eugen Fischer, généticien de renom et lui aussi eugéniste convaincu (il fit stériliser plusieurs milliers d’handicapés et de malades mentaux), von Verschuer prit la tête de l’Institut Kaiser-Wilhelm de Berlin en 1942. Cet institut d’anthropologie, d’hérédité humaine et d’eugénisme n’eut de cesse de vouloir prouver l’existence de races supérieures et inférieures, dans le but de justifier la politique raciste des nazis. Von Verschuer a toujours été persuadé de l’existence de races, et que certaines pathologies (l’alcoolisme, la dépression) et comportements sociaux (la criminalité, la violence), était héréditaires, inscrit dans les gênes. Von Verschuer était un fervent admirateur d’Hitler et a notamment publié, en 1935, un article dans un magazine scientifique, dans lequel il déclare: « [Hitler] … est le premier homme d’Etat qui a fait des découvertes de la biologie génétique et de l’hygiène raciale un principe important de gouvernance ». Il vante « l’hygiène raciale comme une science et une responsabilité de l’Etat ».Il n’est pas étonnant que dès 1936, von Verschuer fut membre du conseil consultatif du département de recherche de la question juive à l’Institut national pour l’histoire de la Nouvelle-Allemagne.

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Institut Kaiser-Wilhelm d’anthropologie, d’hérédité humaine et d’eugénisme

Lorsqu’il prend la tête de l’Institut Kaiser-Wilhelm, il accueille un certain docteur Josef Mengele, qu’il connaît depuis 1937. Mengele fut en effet l’assistant de Von Verschuer en 1937 et 1938 à Francfort, lorsque le futur ange de la mort passa sa thèse et obtint son doctorat.  Dans une lettre de recommandation, von Verschuer loua le sérieux de Mengele et sa capacité à exposer simplement et clairement des questions complexes.

Très vite, Von Verschuer, comme beaucoup d’autres médecins, se mit à penser à tirer profit des camps de concentration et de la manne humaine que pouvait apporter les prisonniers pour ses recherches : on appellait cette manne « le matériel scientifique ». Après avoir fait une requête auprès d’Himmler, il obtint l’accord de celui-ci pour mener à bien ses expériences, notamment sur la stérilisation, ou encore sur la gémellité.  Cette dernière tâche, il la délégua à son assistant, le docteur Mengele, et lui recommanda fortement de se porter volontaire afin de devenir médecin dans les camps. C’est ainsi que Mengele partit pour Auschwitz en 1943, avec la suite que l’on connaît.

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Mengele lors de la sélection

 

Il envoya également d’autres assistants tels que Karin Magnussen ou Siegfried Liebau, d’autres bourreaux, et supervisa les diverses expériences depuis Berlin. Il reçut ainsi des centaines de notes, accompagnées de restes humains (organes, sang, membres divers) qui furent étudiés à l’institut berlinois. Une note rédigée par Von Verschuer en 1944 l’atteste :

« Mon assistant, le Dr. Mengele, m’a rejoint dans cette branche de la recherche. Il est actuellement employé comme Hauptsturmfuhrer et médecin de camp dans le camp de concentration d’Auschwitz. Les recherches anthropologiques sur divers groupes raciaux  dans les camps de concentration sont menées avec la permission du SS Reichsfuhrer [Himmler]. Les échantillons de sang sont envoyés à mon laboratoire pour analyse.  »

Malgré le fait de ne pas être sur le terrain. On comprend bien que Von Verschuer est tout aussi coupable que Mengele. C’est lui le grand maître, l’investigateur, le coordinateur. C’est à lui que Mengele rend des comptes, c’est lui qui a poussé Mengele à se rendre à Auschwitz. Pourtant, il ne sera jamais inquiété après la guerre. En effet, Von Verschuer prit soin de faire disparaître toutes les correspondances qu’il a pu avoir avec Mengele. Lorsque la justice vint lui demander des comptes, il déclara ne jamais avoir été au courant des méthodes de ces assistants dans les camps de la mort. Par manque de preuves, et surtout grâce à ses relations, notamment au sein du tribunal qui le jugeait, et dans la communauté scientifique internationale, il ne fut condamné qu’à une amende de 600 Deutsche Mark, en tant que Mitlaüfer (compagnon de route du parti nazi).

Puis il connut la gloire et la reconnaissance de ses pairs, en intégrant diverses associations et groupes de généticiens de renom, jusqu’à sa mort en 1969. Celui qui visait « la limitation de la reproduction de ceux qui sont héréditairement malades et de peu de valeur », qui avait pour but « le maintien de la spécificité raciale du peuple» n’exprima jamais aucun regret pour ces actes. Peut-être pensait-il parfois à Mengele, traqué comme un animal jusqu’à la fin de sa vie, tandis que lui s’endormait sur son brin de lauriers.

 

 

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