La scène se passe dans un lieu perdu dans les montagnes autrichiennes. Tous les automnes, et ce, depuis la fin de la guerre, des anciens membres nazis se retrouvent le temps d’un week-end. Ils se souviennent du bon vieux temps, parlent de la Grande Allemagne, celle qui restera éternelle à leurs yeux.

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Vétérans Waffen SS

Ils sont une trentaine, même si leur nombre décroît. Les anciens camarades se font de plus en plus rares. Le temps a fait son oeuvre et la mort emporte ces acteurs d’une époque révolue. Heureusement, de jeunes pousses sont là, prêtes à devenir le témoin de l’histoire de ces Waffen SS.

 » Où étiez-vous pendant la guerre? ». « Dans quelle unité avez-vous servi? » demande calmement une vieille dame aux yeux d’un bleu glacial .

« 5ème Panzerdivision SS Wiking » répond de manière énergique Vagner Kristensen.

« Volontaire dans la Waffen SS danoise? »

« Bien sûr! » (Oliver Schröm/Andrea Röpke, Stille Hilfe für braune Kameraden, page 11, Links, 2002)

Cette conversation irréelle a lieu entre Gudrun Himmler, la fille d’Heinrich Himmler, et Vagner Kristensen, ancien Waffen SS.

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Photo la plus récente de Gudrun Himmler

Ce nom, dont elle est si fière, lui permet d’avoir le respect de l’ensemble des anciens membres nazis. Elle lui permet également d’être la figure de proue d’une sinistre association, méconnue en France, et qui répond au nom de « Stille Hilfe », l’Aide Silencieuse.

Cette association, enregistrée le 15 novembre 1951 dans les registres officiels sous le numéro VR 43 / 51, fut crée dans un seul but : aider les anciens criminels de guerre nazis arrêtés, condamnés ou en fuite. Sa première présidente fut Helene Elisabeth von Isenburg, une femme de la haute noblesse qui embrassa les idées raciales du IIIème Reich et qui décida de soutenir les nazis après la guerre. Son réseau, notamment dans le milieu catholique, lui permit d’obtenir le soutien de membre de l’Eglise (dont Alois Hudal), notamment dans l’exfiltration des criminels, par ce que les américains appelèrent par la suite, « la route des rats ». Elle a même directement écrit au Pape Pie XII, le 4 novembre 1950, pour lui demander son aide en ce qui concerne le sort des prisonniers nazis. Le Pape, qui lui répondit dès le 10 novembre, lui assura son soutien. Une personne d’influence donc.

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Le Pape Pie XII

Dans les faits d’arme de la Stille Hilfe, on compte les fuites d’Adolf Eichmann, Alois Brunner, Johann von Leers, Walter Rauff et Josef Mengele vers l’Amérique du Sud ou la Syrie. On peut aussi souligner l’aide apportée à Klaus Barbie, le boucher de Lyon, lors de son procès. Ou bien le fait d’avoir caché pendant des décennies Anton Malloth (un gardien sadique de camp de concentration, condamné à mort par contumace avant d’avoir trouvé refuge en Allemagne) dans une maison de retraite située dans le sud de Munich. Gudrun Burwitz lui rendait visite chaque semaine avec des fruits et des chocolats. Et c’est la sécurité sociale allemande, et donc le contribuable allemand, qui payait la note.

D’autres exemples d’actions de la Stille Hilfe :

  • Apporter une aide juridique pour Samuel Kuntz, 89 ans, ancien gardien du camp d’extermination de Belzec accusé d’avoir participé à l’assassinat de 433.000 Juifs. Il vient de mourir dans son lit.
  • Empêcher l’extradition de Klaas Carel Faber. Né aux Pays-Bas, il avait été condamné à mort en 1947 par un tribunal hollandais pour le meurtre de vingt-deux Juifs et résistants pendant la guerre. Faber meurt le 24 mai 2012 d’insuffisance rénale, à Ingolstadt, au nord de Munich, à l’âge de 90 ans.

Cette association n’a toujours compté que quelques dizaines de membres mais son réseau est immense. Au delà du milieu catholique, elle eu également ses partisans dans la Justice ainsi qu’au sein de la CDU. Une toile bien tissée qui fit des miracles. Ainsi, le président de la CSU en Bavière de 1978 à 1988, Franz Josef Strauß, était un bon ami de Rudolf Aschenauer, président de la Stille Hilfe de 1974 jusqu’à sa mort. Elle bénéficiait également du soutien d’Alfred Dregger, chef de la fraction de la CDU au Bundestag de 1982 à 1991. Celui-ci se félicitait lorsque des criminels nazis étaient relâchés par la justice.

Enfin, il faut savoir que la Stille Hilfe fut déclarée, dès 1951, « Association d’utilité publique ». À ce titre, elle bénificiait d’allègements fiscaux et les dons reçus étaient déductibles d’impôts. Il a fallu attendre 1999 pour que la Stille Hilfe se voit enfin retirer son agrément comme organisme d’utilité publique.

L’activité de la Stille Hilfe travaille aujourd’hui dans l’ombre, mais elle reste très active afin de financer notamment les nouveaux partis d’extrême-droite, l’AfD ou le NPD. Le but : Voir le nazisme renaître de ses cendres encore incandescentes. Les dons qu’elle reçoit lui permettent un budget annuel d’environ 80 000 euros. Le IVème Reich est-il en route? Les derniers succès électoraux de l’AfD ne peuvent que réjouir ces nostalgiques du nazisme.

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stille_Hilfe

Stille Hilfe für braune Kameraden: Das geheime Netzwerk der Alt- und Neonazis,  Oliver Schröm,‎ Andrea Röpke, 2006, éditions Ch. Links Verlag, Berlin

 

 

 

 

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