Lorsque vous voulez vous rendre de la place centrale de Munich, la Marienplatz, à l’Odeonsplatz. vous pouvez choisir deux itinéraires. Le premier consiste à prendre la rue « Theatinerstrasse », le second, par la Residenzstrasse. Ces deux rues parallèles débouchent sur la grande place de l’Odeon.

Le 8 novembre 1923, c’est par cette Residenzstrasse qu’Hitler, qui avait rassemblé 2000 hommes dans la brasserie de la Bürgerbräukeller auparavant, avançait pour rejoindre le ministère de la Guerre. Son putsch, mal préparé, avait d’ores et déjà avorté. L’armée et la police n’avaient pas suivi et étaient restées fidèles au gouvernement. Hitler comptait sur cette manifestation pour tenter d’obtenir un soutien populaire et de ramener les militaires à sa cause. Cette vague qui aurait balayé le Reich depuis les rues, elle ne vint jamais. La marche à la Mussolini n’eut pas lieu.

Hitler Putsch.PNG
Hitler lors du putsch de 1923

Si beaucoup de passants acclamèrent le groupe armé qui pénétrait dans le centre-ville, Hitler et ses troupes se heurtèrent à un premier cordon de police sur le Ludwigsbrücke, un pont traversant l’Isar. Sous la menace, les policiers s’écartèrent et le cortège continua jusqu’à la Marienplatz. Puis ils prirent lentement le chemin de l’Odeonsplatz. La rue, lorsqu’elle débouche sur la place, devient plus étroite. C’est là qu’un autre cordon de police attendait les putschistes. « Heil Hitler » cria un passant. Et la police se mit à tirer. Bilan: quatre policiers et quatorze putschistes morts. Une balle passa à trente centimètres d’Hitler, et tua le porte drapeau situé juste derrière lui. Il tomba, et se démit l’épaule. Ce fut la cohue. Certains furent arrêtés sur-le-champ, les autres tentèrent de partir en courant. Hitler fut raccompagné à sa voiture et fut soigné. Hermann Goering, également présent, reçut une balle dans la jambe et une dans l’aine. Il courut se réfugier dans une petite cour intérieure d’un magasin. Le propriétaire, Robert Ballin, le soigna, et calma sa douleur avec de la morphine. Goering en deviendra addict, et c’est la raison pour laquelle il prit beaucoup de poids par la suite.

Bundesarchiv_Bild_146-1977-149-13,_Hermann_Göring,_Adolf_Hitler,_Albert_Speer.jpg
Hermann Goering, en blanc

L’anecdote amusante de ce petit récit, c’est que lorsque Goering arriva en sang dans ce magasin, il ne se douta pas qu’il se trouvait dans un magasin tenu par un juif. Ce juif, il l’a soigné, il lui a sauvé la vie.

Et Goering saura s’en souvenir. Lorsque les nazis arrivèrent au pouvoir en 1933, il les protègera d’abord de la persécution, puis de la déportation.

Plus encore, en 1935, Robert et son frère Martin veulent ouvrir un nouveau magasin, situé un peu plus bas dans la rue parallèle à la Residenzstrasse, au 7 de la Theatinerstrasse, où se trouve aujourd’hui le magasin Zara. Le problème, c’est qu’ils se heurtent aux politiques de boycotts des nazis, et le magasin ne peut pas fonctionner. Les Ballin se tournent alors vers Goering et lui demandent son aide.

Goering, depuis 1935, est devenu Ministre de l’Air et jouit d’un pouvoir phénoménal. Le vieux pilote prend les choses personnellement en main. Il appelle le Ministre de l’Intérieur de Bavière et Gauleiter, Adolf Wagner, qui avait participé au putsch et qui se souvient également de l’action des Ballin auprès de Goering. La solution fut trouvée. Il fallait aryaniser le magasin de meubles. Ce fut fait à hauteur de 51%. 49% du magasin restait officiellement en possession des frères Ballin. Un magasin juif aryanisé mais qui reste juif! Certainement la seule exception dans l’histoire du IIIème Reich. Mais pour que l’aryanisation soit approuvée légalement, il fallait qu’un propriétaire aryen accepte de travailler avec les Ballin. Or, personne ne voulait investir dans le capital d’une société juive. Les Ballin décidèrent alors de vendre leur magasin en 1937. Un homme d’affaire du nom d’Edgar Horn se proposa pour acheter. Et ce fut Hermann Goering en personne, qui se chargea des termes du contrat. Pour le rachat, Horn devait payer, en plus de la vente, une rente aux deux frères. Cette rente s’élevait à 475 Reichmarks par mois pour chacun des frères. En cas de décès d’un des deux Ballin, leur femme devait percevoir une rente de 150 Reichsmarks pendant deux ans. Une belle affaire!

Hermann Goering, qui participa à la persécution et à l’extermination des juifs, sauva pourtant une famille de l’horreur. Une seule, celle qui fut au bon endroit au bon

990px-Goering-corpse
Corps d’Hermann Goering

moment, eut le droit de vivre décemment au coeur de la capitale Bavaroise, simplement parce qu’elle avait sauvé un inconnu quelques années auparavant. En 1945, au procès de Nuremberg, Goering fut accusé de crimes contre l’humanité et condamné à la pendaison. Il se suicida dans sa prison, avec une capsule de cyanure qu’un garde américain lui procura. Peut-être a-t-il pensé à ce moment que les Ballin, eux, lui ont survécu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s